A priori, tu sais, je n'ai pas de héros, hérésie, hécatombe, hégémonique, c'est comme une petite varice intellectuelle, une accumulation d'admiration qui devient une adoration des idoles. Je me méfie du culte des idoles, de l'idolâtrie. On peut y risquer la maladie de l'idiotie, le crétinisme. Mes héros seraient plutôt les mots sympathiques, pathétiques, magiques, magnifiques, obliques et mon héroïne les belles lettres.
Vraiment, il est fort compliqué d'écrire à son héros lorsqu'il manque à l'appel. L'histoire moderne nous montre bien des personnes héroïques qui ont mené un combat courageux. Ce sont des personnes ordinaires qui deviennent extraordinaires par leurs actes. Mais de quel acte peut-il s'agir ?
Faute d'admiration de quelqu'un, imagine toi, j'ai pensé à un artiste et puis non après quelques lignes, je me suis ravisé. Pas possible, je n'aime qu'une seule chanson dans son répertoire, c'est plutôt insuffisant. Alors j'ai pensé à une activiste. J'ai donc pensé à toi. Forcément. Sais-tu que cherchant la personne héroïque actuelle que je pouvais admirer, mon ami Google a suggéré ton nom.
Mais je ne sais pas grand chose de toi. Sinon que tu veux sauver le monde. Ne pas faire l'autruche comme tout un chacun.
Tu l'as pressenti, tu l'as observé, tu l'as compris. Tu en as rêvé, tu l'as fait. Tu participes avec un courage inouï à infléchir le cours désastreux du monde.
Avec la fougue de ta grande jeunesse, tu défends le monde naturel. Tu aimes ta planète parce que tu en as conscience jusqu'au fond de tes tripes, de ton âme, de tes songes.
Alors tu pars en guerre contre tous ceux qui veulent en épuiser les ressources et jouer son avenir comme une partie de poker au grand casino capitalistique de la rentabilité immédiate. Par je ne sais quel raison, adolescente, tu t'es sentie très vite concernée et investie d'une mission. A tout juste 15 ans, tu t’es lancée dans une grève scolaire pour le climat. En août 2018, tu décides de ne plus aller à l’école les vendredis de manière à manifester ton désaccord, seule, devant le Parlement à Stockholm. Tu tiens une petite pancarte sur laquelle tu as inscrit « Grève scolaire pour le climat ». Ton but immédiat est d'exiger que le gouvernement suédois respecte les accords de Paris sur le climat en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Tu étonnes le monde entier par ta détermination et surtout ta jeunesse. D'autant plus que tu vas rapidement inspirer des milliers de jeunes à travers le monde. Un effet domino se produit : des grèves scolaires similaires surgissent dans des dizaines de pays. Cela donne naissance au mouvement « Fridays for Future » (les vendredis pour l’avenir).
Tu deviens une vraie icône, la reine mondiale de la lutte contre le réchauffement climatique. Le monde entier murmure ton nom. Tu es dès lors invitée à parler lors de conférences internationales, où tu n'hésites pas à interpeller les dirigeants mondiaux sur leur inaction face à la crise climatique. En septembre 2019, lors du Sommet de l’ONU sur le climat à New York, tu y vas franco. Tu ne crains pas d'accuser les dirigeants de trahir les jeunes générations en n'agissant pas clairement pour limiter le réchauffement climatique. Ainsi se distille sournoisement une fracture générationnelle entre les vieux inactifs et inconscients du monde d'avant et les jeunes atteints d'anxiété climatique qui combattent et inventent des vies et des villes durables et économes en ressources. Tu expliques à la presse ta précocité militante du fait de ton syndrome d’Asperger, que tu considères comme un atout pour observer un monde différemment, qui court à sa dérive. Tu sais pertinemment te concentrer sur les enjeux qui te paraissent essentiels. C'est ainsi que tu as déclenché un mouvement mondial de jeunesse pour le climat, toujours actif de nos jours.
Récemment, ton parcours a bougé. La presse évoque un autre combat. Tu participes courageusement à une flottille humanitaire en direction de Gaza, qui vise à briser le blocus israélien et à livrer de l’aide humanitaire indispensable. Ton propos s'est très largement radicalisé en dénonçant les "violations du droit international et les crimes de guerre", et en qualifiant la situation à Gaza de "génocide systématique". Cet engagement pro-palestinien a suscité des critiques et des controverses dans certains pays. Pour autant, tu n'oublies pas ta lutte pour le climat, participant à des actions de blocage de sites pétroliers, comme en Norvège en août 2025, t'en prenant à l’industrie fossile.
Ton image évolue. Tu demeures toutefois une figure polarisante, saluée pour son courage et critiquée par ses détracteurs pour ses méthodes et ses alliances.
Tu demeures une militante engagée sur les fronts climatique et humanitaire qui sait utiliser les médias et alerter sur les urgences écologiques et les crises géopolitiques. Tu es une figure mondiale que nul n'ignore. On t'adore ou on te déteste, tu ne laisses personne dans l'indifférence. C'est ta force, ton caractère, ton humanité.
Finalement comment te définir ? Es - tu une militante de la cause humaine avec une humanité à fleurs de peau ? Une défenseure de la cause humaine et de la nature ? Une grande humaniste des temps modernes ? Une vraie terrienne qui adore son globe et tous ceux qui l'habitent ?
Une chose est certaine : tu n'es pas une personne orgueilleuse à poser sur un piédestal, tu n'es pas une figure à idolâtrer, certes pas. J'imagine pas non plus que tu n'aimerais pas qu'on aménage des temples à ta gloire sur la colline des héros qui ont tenté de sauver de monde, lorsqu'il ne sera que terres désertiques, désolation post urbaine et complexes souterrains de survie !
Qui es tu donc ma belle ? Tu es unique. Tu es prête à bondir pour défendre notre monde. Toi, la militante écologiste suédoise. Tu es Greta Thunberg, née en 2003 à Stockholm.
Par Philippe Clauzard, le 1 février 2026
Un texte suggéré par l'atelier d'écriture AVF. (Écrivez une lettre à votre héros vivant...)